Femmes en politique : la belle soirée du 9 mars à Pierre Dux


Une tribune 100% « Femmes en politique » ce 9 mars à Argenteuil, autour de la sénatrice EELV Esther Benbassa et d’Alima Boumediene-Thiéry, pour conclure en beauté la campagne Argenteuil en commun !

Esther Benbassa a commencé par se définir comme 'petite conne' : « Je t’ai succédé au Parlement », a-t-elle rappelé à Alima Boumediene-Thiéry : « tu y as laissé une bonne réputation, tu as fait du bon travail ! (Mais) Quand les femmes se mêlent de politique, on les traite de 'petites connes'. Ça devient un label ! »

« Notre parole est coupée. On ne nous donne pas les rapports. Quand on parle, les hommes se tournent et causent entre eux… J’assume ! J’enseignais en université en France et aux États-Unis : j’ai vu que, comme intellectuel.le, on ne change pas le monde, il faut aller sur le terrain. »

« Avec les Gilets Jaunes, j’ai vu des femmes vraiment écologistes, pas des bobos de centre ville. Des femmes célibataires, des retraitées, de toutes les couleurs… J’ai appris la politique pendant ces 50 semaines ! »

« Nos collaboratrices parlementaires, jolies et intelligentes, subissent la violence sexuelle en permanence, le comportement prédateur de sénateurs qui sont là depuis 30 ans… Nous sommes face à un ‘fratriarcat’ des élus hommes. »

« Le congé maternité n’existe pas : la parlementaire ne peut pas se faire remplacer par son suppléant ! »

« Mai 68 n’était pas féministe : tous les leaders qui ont fait carrière sont des hommes. En 1971, avec le manifeste des 343, on a commencé à rattraper notre retard. »

« On ne veut pas faire la guerre aux hommes ; on ne veut pas être ségréguées. Je suis impressionnée par Greta Thunberg et Alexandra Ocasio-Cortez. Louise Michel, Rosa Luxemburg, Simone Veil… je rends hommage à ces femmes politiques… et aux hommes venus nous écouter ! », conclut Esther Benbassa.

La conseillère régionale EELV Annie Lahmer répond qu'elle aura du mal à se situer au même niveau : « Je suis militante, pas universitaire ! J’ai vécu toute ma jeunesse en cité à Grigny, seule fille de ma classe en lycée, en E… On m'interpellait ´Ton père t’a rien dit ?’ (il est musulman : une fille dans une classe entière de garçons !). Non : il était fier ! »

« J’étais au cabinet du seul maire d’arrondissement écologiste de Paris, celui du IIème arrondissement. Là, vous voyez que la ville a été conçue pour les hommes ! Dans les cours d’école, les garçons au centre, qui jouent au foot. On a débitumé, fait au centre des ´oasis’ avec des arbres ! »

« On fait des ballades de nuit avec des femmes, on repère les endroits où elles se sentent en insécurité, à raison ou non. Si ce sont des recoins qu’on ne peut pas changer… on les plante ! »

« Les femmes de chambre d’hôtels, qui se sont mises en grève : payées à la chambre, par des sous-traitants de sous-traitants de sous-traitants, minutées, elles sont cassées.

Pour qui sont les charges mentales au travail ? Pour les femmes »

« Les médicaments sont faits pour des hommes de 70 kilos. Les vaccins sont testés sur des petits garçons. … Cette société est conçue pour les hommes parce que les politiques sont des hommes. »

« J’ai fait partie des femmes qui ont parlé, sur un député… Nous avons été 16, il a été condamné. On nous en veut, on nous dit : ´il est super, il a fait de super-pistes cyclables …´ !

Sur les 4 adhérentes EELV qui ont parlé, je suis la seule à y être restée. »

« Les femmes victimes de violence, elles le sont 2 fois, 3 fois, 4 fois… Une que je connais, qui habite près d’ici, n’ose pas partir de chez elle : elle ne sait pas où aller. Le commissariat ne veut pas prendre sa plainte… Alima, quand tu seras maire, aide-les ! »

Zahia Boudiaf, de l’antenne de Nantes de l’association APEL Égalité, présente l'activité de cette association d’aide aux femmes migrantes, victimes du « statut personnel » de leur pays d’origine, en raison du statut CESEDA (code des étrangers). « Nous luttons pour un statut autonome des femmes migrantes ».

« Seulement 17% des maires sont des femmes : Alima, il faut que tu gagnes pour remonter ça :-) ! ».

« En Algérie, les femmes ont participé à la guerre d’indépendance, et après l’indépendance, on les a écartées. »

Ambre Colpaert intervient au nom des femmes présentes sur la liste : « des battantes ! et il y en a beaucoup à #Argenteuil ! si vous voulez changer les choses, rejoignez-nous ! »

Ambre Colpaert rappelle notre engagement pour la gratuité des transports en commun, sujet que nous avons lancé, et sur lequel nous avons été suivis !

Alima Boumediene-Thiéry poursuit sur cet exemple du lien entre justice sociale et justice environnementale.

« La liste PS et celle d’extrême-gauche nous ont imités ? Tant mieux ! » Mais « on nous a répondu dans le débat télévisé que c’est impossible. L’excuse de ceux qui veulent ne rien faire[1] ! Dunkerque, 200000 habitants, l’a fait, pourquoi pas nous. Il faudra aller au combat avec IDF-mobilités ? Allons au combat ! »

« Pourquoi bétonner, pour je ne sais combien de millions, notre ancienne île, le site de Jean Vilar où nous sommes ? Pourquoi un champignon de béton géant ? Pourquoi un centre commercial en face de Côté Seine qui marche à peine ? »

«Nous voulons la transition écologique. Nous avons rencontré les représentantes du MDB pour préparer un réseau cyclable continu. Nous devons retravailler le plan de circulation, pas seulement le quartier de la gare, aussi cette D311 (voie sur berges) qui pollue, ses milliers de voitures qui engorgent ».

« Nous sommes une ville qui compte 10000 chômeurs… qui a besoin d’être défendue par ses élus, et pas qu’ils l’associent à la drogue ou à la radicalisation. »

La discussion avec la salle commence avec Robert Valbon : il évoque Madeleine Riffaud, FTP, qui a pu s’échapper d’un train-prison pour l’Allemagne, participer à la Libération, puis faire les guerres d’Indochine et d’Algérie comme reporter aux côtés des combattants pour les indépendances.

« Madeleine », qui soutient notre liste, poursuit Robert Valbon, « m’a dit de vous dire qu’elle n’est ni une victime, ni une ancienne combattante : elle est combattante jusqu’à la mort ».

Sihem témoigne de sa rencontre professionnelle avec Alima : « Elle m’a fait confiance. Elle qui a rencontré Yasser Arafat, Nelson Mandela, Jean Ziegler… m’a permis de prendre la parole, sur une affaire que j’ai gagnée contre un État, parce qu’elle m’a fait confiance. »

Une participante demande ce que prévoit la liste pour « l’accès des jeunes à la culture ».

Alima Boumediene-Thiéry veut partager la parole avec l'équipe ! Pascal Bertolini parle des initiatives nombreuses à soutenir, à l’exemple des journées portes ouvertes d’artistes, dans sa copropriété. Saïd Mechat poursuit avec le réaménagement des bords de Seine : parcours sportifs et aussi parcours impressionniste ! La création d’un pôle où sortir, les séjours de vacances… Alima complète avec l’éducation populaire, les activités associatives.

Ludovic, dans la salle rappelle qu’une femme politique a été la 1ère à promouvoir la gratuité des transports. Concernant les violences faites aux femmes, « on a beaucoup de problèmes à Argenteuil, la prochaine maire devra faire des campagnes, et travailler l’éducation à l’école ».

« 18% seulement des femmes violées portent plainte, et parmi elles, seules 10% verront leur violeur condamné. À la Région, je suis montée au créneau pour que l’on forme les personnels des commissariats ».

Ambre Colpaert : « il faut que les jeunes apprennent à l’école que la virilité ne consiste pas à soumettre les femmes, mais à les protéger ».

En conclusion — car deux heures sont vite passées, des conseils aux femmes qui voudraient s’engager ?

Esther Benbassa : la persévérance ! « Pour changer le monde, il faut changer notre condition ».

Annie Lahmer appelle à « faire ce qu’on aime, le faire bien ! »

Venant de la table des enfants (coloriages et poèmes), une petite fille lit une poésie autour de la devise nationale :

« Liberté ! Je peux faire un coeur jaune et une étoile rouge. »

Note

[1] La gratuité des transports en commun dans Argenteuil coûterait bien moins de 1% du budget communal… et changerait la façon de se déplacer en ville.